Le rock chinois « menace la société » ?!

Aujourd’hui, petit article spécial. Mi-octobre, je suis tombée sur la chronique « L’œil qui frise », dans l’émission 28 Minutes sur Arte, et là, surprise : elle parlait du rock chinois. Et ce qu’elle m’a appris est plutôt effarant.

 

En moins de 2 minutes, les choses sont forcément très résumées : en gros, le gouvernement préfère les chansons d’amour ou patriotique au rock, considéré comme « suspect », « obscène », « décadent » (comprendre « un peu trop occidental » ?).

Chansons interdites, festivals annulés, salles de concert fermées…

Mais si on va fouiller un peu plus loin, on découvre les détails. En août dernier, le ministre de la Culture a créé une liste noire de 120 chansons qui « incitent à l’obscénité, à la violence, au crime et menacent la moralité de la société » et sont donc interdites à la diffusion. On y trouve des titres qui scandent des « obscénités » telles que « Je n’aime pas les femmes chinoises, je préfère les filles de Taïwan » ou « Il y a des gens dans le monde qui adorent péter sans rien faire » (deux phrases de la star taïwanaise Chang Csun Yuk), ou encore  des prises de position politiques comme « Camarade Sun Yat-sen, docteur Mao Zedong, Chen Shui-bian* paressent à ne rien faire (…) toi et moi ne devons jamais perdre notre liberté de penser » (dans la chanson « Tamen » de Li Zhi).

À cela s’ajoutent des fermetures de salles de concert, sous des prétextes tels que le non-respect de normes de sécurité ou d’insonorisation. Plusieurs festivals ont aussi été annulés, dont le Strawberry et le Midi (plus de 200 000 spectateurs au total, donc pas tout à fait des fêtes de quartier). Officiellement : question de sécurité. Les autorités ont visiblement été refroidies par cette bousculade qui a fait 36 morts le soir du réveillon à Shanghai. Pas une mauvaise idée, mesure prudente ? Peut-être… mais ce n’est pas ce qu’ont pensé les treize autres villes (dont Shanghai) qui ont accueilli le Strawberry cette année.

Cui Jian, pionnier du rock chinois, a été interdit de grands concerts à Pékin jusqu'en 2003.

Cui Jian, pionnier du rock chinois, a été interdit de grands concerts à Pékin jusqu’en 2003.

Ça ne veut pas dire qu’il ne se passe rien, musicalement parlant, en Chine. Des salles ouvrent, des groupes tournent, des stars occidentales comme M, Public Image Limiter ou Mobb Deep se produisent sans soucis. Mais à une condition : que leurs paroles et leur pedigree paraissent acceptables aux yeux du ministre de la Culture. Bref, de la musique, oui, mais qui pas trop éloignée des « valeurs socialistes ».

J’ai vu des gens applaudir face à ce gouvernement qui « prend soin du peuple qu’il dirige ». C’est une façon de voir les choses… Mais est-ce que quelqu’un peut m’expliquer pourquoi Bon Jovi (certes un peu trop proche de la cause tibétaine) s’est fait refouler, alors que IAM et Nine Inch Nails ont eu l’autorisation de jouer à Pékin ?!

Pour aller plus loin :

Article de Libération : Pékin brise ses scènes

Article du Point : Xi Jinping veut protéger les oreilles et les esprits des Chinois

*Sun Yat-sen a été le créateur du parti nationaliste chinois (aujourd’hui seul parti politique autorisé à Taïwan). Mao Zedong a fondé la République populaire de Chine. Chen Shui-bian a été président de Taïwan, puis condamné à la prison à perpétuité pour corruption et détournement de fonds.

Crédits photos : Cui Jian

Crédit Vidéo & Source : Arte

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